mardi 12 mai 2020

PODCAST - Le metal dans la littérature - Trois romans

C'est parti pour l'épisode 06 du podcast La Gazetière ! Dans cet épisode, on parle musique et littérature. La Gazetière vous emmène au pays des guitares saturées et du blast pour vous faire découvrir trois romans qui mêlent littérature et metal :

- "Le Plongeur" de Stéphane Larue, Le Quartanier
- "Par les Rafales" de Valentine Imhof, Le Rouergue
- "Metal" de Janis Jonevs, Gaïa

Bonne écoute !





mardi 5 mai 2020

PODCAST - Ecrire dans l'ombre de la Beat Generation

Le nouvel épisode du podcast La Gazetière est en ligne ! Un plongeon dans l'Amérique des années 50 à 70 accompagné de la Beat Generation. Découvrez deux romans géniaux : "Personnages secondaires" de Joyce Johnson et "Un dernier verre au bar sans nom" de Don Carpenter, tous les deux publié aux Éditions Cambourakis. 

mardi 28 avril 2020

PODCAST - Incroyables Abysses

<< PODCAST >>

Le nouveau podcast est en ligne ! Je vous fais découvrir trois albums jeunesse qui nous emportent dans les profondeurs de l'océan :

- "Le Grand Poulpe", d'Angélique Villeneuve et Anaïs Brunet, Sarbacane
- "Mille Méduses", de Gwenaël David et Julia Wauters, Hélium
- "Le Voyage du Capitaine Jim", de Claire et Hugo Zaorski, Sarbacane

Pour écouter, c'est par ici :


https://soundcloud.com/user-380536631/episode-04-incroyables-abysses-trois-albums-jeunesse-sur-locean




mardi 21 avril 2020

Le Livre-métamorphose devient la Gazetière

Et oui, ça se transforme ! Le Livre-métamorphose, un blog autour des livres, se transforme et devient La Gazetière. Relié au podcast du même nom, vous y retrouverez les derniers coups de cœur de La Gazetière. Mais aussi quelques billets d'humeur autour du livre et de la chaîne du livre.

Pour écouter les podcasts, c'est par ici :

 La Gazetière

lundi 27 août 2018

Le Théâtre de Slávek d'Anne Delaflotte Medhevi


PRAGUE, XVIIIème SIECLE. Le jeune Slávek vit dans une Prague modeste. Un père tailleur de pierre, une mère aimante, des amis sans faille, voici son monde. Mais, un jour, il est renversé par une calèche et perd l’usage de ses jambes. Le comte Sporck, à qui appartient la voiture, fait face à ses responsabilités et prend en charge l’éducation de Slávek. Il acquiert ainsi une éducation hors norme pour un garçon de sa condition. Il pourra ainsi porter un regard critique, mais toujours humble sur ce XVIIIème siècle, changeant, pris dans les bousculades politiques, religieuses et artistiques. Il se verra confier la charge de la lumière au théâtre. Il assiste à la naissance du théâtre à Prague et plus tard aux débuts du théâtre tchèque. Le Théâtre de Slávek est donc un roman d’apprentissage pour le personnage principal, comme pour le lecteur. 




Ce roman historique nous plonge dans un XVIIIe siècle inconnu, celui de Prague. Malgré les résonnances avec les préoccupations européennes, il y a un déplacement de ces questions dans la sphère privée, dans la vie d’un homme humble. L’auteure s’intéresse aux « petites gens », et aux conséquences des décisions des grands du monde dans la vie des habitants de Prague. Tous les personnages appartiennent au peuple. Même le comte Sporck, devenu une figure importante dans la noblesse pragoise, est issu d’un milieu pauvre, agricole. Cette particularité est très appréciable et donne un récit parfois érudit mais d’un accès tout à fait aisé. C’est une manière très intéressante de faire connaitre l’Histoire tchèque, de la Bohème de cette époque, encerclée par l’étranger : Prague est acculée par la langue, la politique et la religion étrangères « L’Allemand, l’Empire et Rome » (p.102). Mais elle résiste. 

Ce roman est aussi un roman européen. Il montre les liens entre les pays qui constituent le continent européen. Nous percevons les transferts que ce soient des transferts d’idées : la bataille entre le jansénisme et les jésuites, les préoccupations des Lumières, le partage des valeurs culturelles ; ou les transferts des populations humaines : tel personnage traverse le continent allant de Prague à Strasbourg, les comédiens sont italiens, etc. 

Le Théâtre de Slávek est donc un roman passionnant et foisonnant. L’auteure, à travers le personnage de Slávek, signe une magnifique déclaration d’amour à Prague, à sa modestie comme à sa volonté d’évoluer, à son peuple. Voici un roman qui comblera votre curiosité !

« De la rue, montent vers moi les bruits des pas des Pragois, femmes, hommes, enfants, vieillards. Ils sont en sabots ou fins souliers de cuir. A leurs rythmes, leurs démarches, je sais s’ils portent quelque chose d’encombrant ou de lourd, ou les deux. Parfois une odeur, une apostrophe, un rien traduisent ce qu’il y a dans ces paniers, alors j’en déduis d’où les gens viennent et où ils sont. Je lis dans la cacophonie des bruits des marchés qui m’entourent, comme dans ceux rares et assourdis de la nuit. » (p.9-10).

mercredi 30 mai 2018

Le Don de la pluie de Tan Twan Eng




Philipp Hutton, jeune métis, est tiraillé entre trois cultures qui s’affrontent dans sa vie : la culture anglaise de sa famille paternelle, son origine chinoise maternelle et l’enseignement japonais de son maître d’aïkijutsu. Trois cultures qui écartèlent  également la Malaisie, prête à se disloquer pendant le Seconde Guerre mondiale. Pour Philipp, tant de questions : A qui donner sa loyauté dans un temps aussi troublé ? Qui pourra comprendre sa collaboration avec les envahisseurs japonais ? 

Ce roman explore les questions d’identité et d’origine, le métissage de ces pays comme la Malaisie où les cultures se mêlent aux fils des siècles. Endo-san, le sensei de Philipp, lui donne les clés d’une philosophie étrangère au jeune homme, à laquelle il semble adhérer. Mais bientôt le doute s’installe : Ne serait-ce pas une manipulation de la part d’Endo-san, qui participe à la préparation de l’invasion japonaise de la Malaisie ? 

Le Don de la pluie est un très beau roman au cœur de l’île malaise de Penang, où la colonisation et les occupations successives laissent des traces et des blessures qui ne s’effacent pas. C’est aussi un roman sur un homme en quête d’identité, au sein duquel s’affrontent la politique, l’amour filial et familial, la difficulté de lier les origines. Partez à la découverte de la Malaisie et d’une part de l’Histoire mondiale, dans un décor enchanteur qui se dirige inexorablement vers sa fin. 


« C’était l’un des plus grands dont que m’avait fait Endo-san – la capacité d’aimer et de comprendre que j’étais aimé. »


Le Don de la pluie, Tan Twan Eng, Flammarion, 2018 

jeudi 17 mai 2018

Féministes, Récits militants sur la cause des femmes


Un immense coup de cœur pour cette bande dessinée collective !



Par des récits courts, marquants, les autrices explorent les questions du féminisme aujourd’hui, et elles ne manquent pas de sujets ! Féminisme intersectionnel, transidentités et intersexuations, sexualité, objectification du corps, viol, écriture inclusive, grossesse, travail du sexe… Il y en a pour tous les goûts (et les dégoûts ! ) Chacune avec sa personnalité propre s’interroge, raconte, témoigne, tout en questionnant les faits établis. Chacune a son trait de crayon également ce qui donne un ensemble hétéroclite tout à fait adéquate aux propos de l’ouvrage. Un ouvrage non mixte (et ça fait du bien à la pensée parfois) pour lancer des pistes de réflexions  pour chacun×e.

Jetez-vous dessus et mettez vos méninges en route ! Vous en ressortirez avec encore de nouvelles questions, une volonté d’en savoir plus, et de vous bouger, de lutter, de conscientiser, pour le plus grand bienfait de l’humanité !

Merci à toutes les autrices et aux éditions Vide Cocagne !

samedi 12 mai 2018

Dans les pas de Bárbara Dávalo de Mélanie Sadler


Et voici une super lecture pour l’été !





Buenos Aires, 1910.

Bárbara est une adolescente issue de la bourgeoisie argentine. Elle s’ennuie et étouffe dans son monde où règne la morale, l’argent, la bonne conduite et les faux semblants. Avec sa meilleure amie, Amalia, elle s’aventure dans les « conventillos », les quartiers miséreux qui bordent la grande ville. Elles y rencontrent Giu et Tito, deux frères immigrés italiens, et ceux qui les entourent. Fougueuse, avide d’une liberté qu’elle entraperçoit dans les pas des tangueros, Bárbara cherche à fuir et à s’extraire du marécage familiale.  Dans ces quartiers, elle va découvrir l’amour charnel, les revendications révolutionnaires, et elle tente de comprendre cette humanité dont elle n’avait aucune conscience avant ses escapades au-delà des murs de l’hacienda. Amalia est de tous les détours elle aussi et ensemble elles vivent les derniers mois de leur adolescence.

Dans les pas de Bárbara Dávalo s’inscrit dans une histoire de l’Argentine, celle qui sépare Recoleta, le quartier de la haute bourgeoisie et San Telmo, le quartier miséreux que Bárbara et Amalia découvrent. L’héroïne s’interroge sans cesse sur sa place à l’intérieure de sa famille et plus largement, dans la société. Sauvage, elle refuse le joug des hommes de sa famille, comme plus tard celui de son amant. Elle est en quête d’une liberté féminine difficile à acquérir en 1910.

Ce roman se lit d’une traite. Il est facile et agréable à lire, mais ne manque pas de contenu pour autant. Alors passionnez-vous pour ce destin de femme !


Mélanie Sadler, Dans les pas de Bárbara Dávalo, Flammarion


lundi 5 mars 2018

My absolute Darling, de Gabriel Tallent

My absolute darling est un récit d’une exceptionnelle violence, psychologique et physique. Gabriel Tallent explore les ravages de l’inceste dans les tréfonds de l’âme humaine. 



Turtle, victime de la violence d’un père malade, cherche son amour et s’accroche à la vie avec ses tripes. Elle subit jour après jour les assauts de son père, tantôt affectifs, guidés par un amour excessif, tantôt froid, desctructeur et haineux. Rabaissée sans cesse, elle porte en elle le néant, pense-telle, le vide, l’échec. Elle tente, petit à petit de s’éloigner du joug paternel, tentant une fugue qui la ramènera chez elle, dans un cercle vicieux entre amour et haine. Elle tente toujours de mettre à distance sa propre intériorité, laissant des pans entiers de sa personnalité et de ses émotions tapies dans l’ombre pour échapper à la conscience trop douloureuse de sa situation : 


« une sensibilité qu’elle a si longtemps mise en sourdine semble s’éveiller en elle, et elle la sent, l’accumulation de douleur, mais elle joue à marche/arrêt avec cette sensation, quand Turtle tente de l’observer, elle est lointaine et immobile, et quand elle suspend le cours de ses pensée, étendue là sur le sol, le regard rivé sur le plancher, sans réfléchir, elle la sent se rapprocher et l’envahir tout entière, le chagrin se rassasie dans le vide de son cerveau laissé sans surveillance, pareil à des ravenelles fleurissant dans une parcelle en friche. Ma tristesse a trouvé des recoins entiers d’elle-même dont elle ne soupçonnait pas l’existence. » (p.217)

Au milieu de la forêt, elle rencontre Jacob et Brett, deux adolescents typiques qui discourent sur les possibles et les futurs du monde. Ils ont, contrairement à elle, accès à un horizon vaste, duquel ils repoussent les limites grâce à leur imagination et leur liberté. Mais Turtle, elle, est emprisonnée dans sa vie comme dans son esprit, qui tourne en rond et ignore l’espoir pour ne pas souffrir. Son désir de survivre se révèlera néanmoins dans un éclat de conscience : 

« Turtle pense, Appuie sur la détente. Elle n’imagine aucune autre voie. Elle pense, Appuie sur la détente. Mais si tu n’appuies pas, retourne dans le ruisseau, franchis à nouveau la porte, prends possession de ton esprit, car ton inaction est en train de te tuer. Elle reste assise à contempler la plage et elle pense, Je veux survivre à tout ça. Elle est surprise par la profondeur et la clarté de son désir. Sa gorge se serre, elle retire le fusil de sa bouche, des filets de salive accompagnent le mouvement, elle les essuie. Elle se lève, regarde les vagues, pénétrée par leur beauté. Son esprit tout entier lui paraît réceptif et brut. Elle éprouve une gratitude fulgurante et immense, un émerveillement spontané pour le monde entier. » (p.369)

Quand arrive la fin de ce roman, la jeune femme est en quête : Quelle rédemption possible ? Quelle résilience ? 

Grâce à une cruelle finesse, Gabriel Tallent nous fait entrer dans l’horreur d’un monde que l’on ne soupçonne pas. Il montre avec agilité les sentiments antinomiques qui tiraillent cette jeune adolescente qui ne comprend que tardivement, n’ayant jamais connu autre chose, la relation plus que malsaine qui s’est tissée avec son père. 

Un roman d’une rare noirceur, d'une splendeur sombre d'où la vie se hisse avec une force extraordinaire, dans un décor sauvage. 

vendredi 16 février 2018

Un Funambule sur le sable, de Gilles Marchand




      Il est des romans que l’on n’oublie pas. Un Funambule sur le sable est de ceux-là. 





      Stradi est né avec un violon dans la tête. D’où son surnom. Comment vivre avec un instrument qui sans cesse joue, en totale indépendance de la volonté ? Mystère de la science, qui n’y comprend rien, Stradi doit apprendre à vivre avec ce compagnon bruyant. Et puis il y a, pendant dix ans, la douleur d’un traitement tout aussi diffus et abscons que la compréhension du corps médical. Entrant à l’école tardivement, il rencontre Max, lui aussi, marginalisé, traînant sa jambe boiteuse derrière lui, et mélomane averti.



     Un Funambule sur le sable est un roman d’apprentissage, un roman de vie qui déroule un lent processus d’apprivoisement de son propre moi. Il questionne la construction de l’identité au sein d’une société qui marginalise la différence comme la poésie. Le poète de la vie devient lui aussi un individu antisocial par abandon de la collectivité. Avec une fantaisie poétique hors du commun, Gilles Marchand nous interroge tendrement et avec douceur sur notre capacité à sortir des sentiers battus par mille pieds en mocassin et polo brodés au nom des grandes entreprises. Cet écrivain fantasque a tout d’un Boris Vian, tout en approchant plus près encore la modestie de notre quotidien. 


« Quant à moi, ces emballages froissés et repassés qui enfermaient des cadeaux oubliés, me fascinaient. C’était une belle métaphore de notre société où tout était dans l’apparence. On offrait, on s’extasiait, on acceptait, on déballait, on se réjouissait, on souriait et on oubliait. Le souvenir du cadeau, du temps passé à le préparer et à l’ouvrir, tout cela était éphémère.
Et j’avais parfois l’impression que Max et moi étions des cadeaux mal emballés, des papiers froissés et vaguement encombrant que l’on s’efforçait d’oublier. » 



     Et puis, l’amour, qui mêlent et emmêlent Stradi et Lélie, modèle l’adaptation à l’identité de l’autre dans le couple. Avec tendresse, beauté et volupté, ils avancent, un pas après l’autre, construisant leur vie de famille, quitte à faire sacrifice d’eux-mêmes. 


     Magnifique, poétique, politique aussi, Un Funambule sur le sable est un livre à lire et à relire, et surtout à partager. 


« A vrai dire, je me suis toujours senti comme un funambule. J’ai avancé dans cette société en prenant mille précautions. Légèrement au-dessus, un peu au-dessous ou complètement à côté, je ne sais trop où, mais jamais en son sein. Je me suis maintenu en équilibre tant bien que mal, sachant que je pouvais chuter à tout instant. J’aurais pu considérer mon violon comme un don de la nature mais il était trop lourd à porter. J’ai avancé dans la vie comme un funambule sur le sable, avec un don que ne pouvais pas utiliser, empêtré et maladroit. » 



Un Funambule sur le sable, Gilles Marchand, Aux forges de Vulcain

mercredi 31 janvier 2018

La Légende des Akakuchiba, de Kazuki Sakuraba

Dans ce roman, nous traversons le Japon du début du XXe siècle jusqu’à nos jours, à travers l’histoire d’une famille hors du commun : les Akakuchiba. 


Le roman se divise en trois grandes parties, chacune racontant la vie d’une femme de la famille. Ces trois femmes représentent trois âges du Japon : le Japon des mythes, celui du changement et de la rébellion et celui de la désillusion. Chacune de ces femmes montre un caractère fort, indépendant. Les personnalités sont chargées de légendes et chacune doit faire face à cette mythologie personnelle. Cette saga familiale est pleine de rebondissements, et les personnages, totalement exceptionnels nous invite dans leur tourbillon. 

Au-delà de l’histoire romancée, Kazuki Sakuraba raconte l’histoire du Japon. Elle montre comment la famille Akakuchiba et le village entier va être pris dans le tsunami des transformations post-Seconde Guerre Mondiale. Elle met en scène avec brio les complexités et les contradictions d’un Japon jeté dans l’ère moderne de la surconsommation et de l’industrie débridée. La romancière fait preuve d’une réelle finesse d’analyse sociale sous un récit apparemment naïf de la vie des trois femmes de la famille Akakuchiba. L’évolution de la justesse du ton, entre l’enfance, l’adolescence et l’âge adulte souligne cette apparente naïveté. 

Le petit plus : j'ai adoré  découvrir l'histoire des Lady's ces très jeunes japonaises qui terrorisait leur contrée à moto ! 

Laissez-vous emporter dans un grand roman japonais, où les légendes côtoient les mythes, où le surnaturel s’inscrit dans l’Histoire et soutient l’industrie. 

Kazuki Sakuraba, La Légende des Akakuchiba, Piranha
traduit par Jean-Louis de la Couronne

mercredi 2 août 2017

Bergères Guerrières de Jonathan Garnier et Amélie Fléchais

Un grand grand coup de cœur pour cette bande dessinée jeunesse ! 

Bergères guerrières est une bande dessinée féministe, qui met à l’honneur de vraies guerrières qui n’ont pas froid aux yeux. Molly, jeune héroïne de dix ans, est sur le point de commencer son apprentissage pour intégrer l’ordre prestigieux des bergères guerrières comme sa tante et sa grand-mère. Les hommes partis à la guerre et jamais revenus, les femmes du village se sont formées aux arts du combat pour protéger leur village. L’ordre de sécurité est un ordre exclusivement féminin. Cependant, Liam, le meilleur ami de notre jeune guerrière, aimerait lui aussi contribuer à protéger ses compatriotes. Qu’à cela ne tienne, prouvant sa bravoure, il est accepté comme novice. Et voilà un féminisme non discriminatoire ! 



Outre son message, le scénario bien ficelé, et superbement illustré, nous invite dans les contrées de la fantasy, où brigands et brumes mystiques rivalisent pour nous happer de pages en pages. Drôles, et émouvants, les personnages ne manquent pas de caractères ! Pour ma part, j’ai une petite préférence pour le personnage de d’Erin, timide jeune fille qui manie le marteau de guerre comme personne ! 



Les dernières pages nous promettent du lourd ; On attend la suite avec une très grande impatience ! 


Bergères Guerrières, Jonathan Garnier et Amélie Fléchais, Glénat

lundi 17 juillet 2017

Mrs. Hemingway de Naomi Wood

         



     Dans ce roman, Naomi Wood se penche sur les quatre femmes qui ont partagées la vie d’Ernest Hemingway.  C’est avec un grand intérêt et émotion que nous plongeons dans l’intimité de ces quatre « personnages secondaires » pour reprendre le titre du livre de Joyce Johnson, elle-même compagne de Jack Kerouac.

         Hadley, Fife, Martha et Mary ont toutes passionnément aimé l’écrivain aventurier qui marqua son siècle, tant par ses frasques et sa vie dissolue que par ses œuvres littéraires et ses écrits journalistiques. Toutes ivres de liberté, elles n’ont su endossé le rôle de femmes cocufiées sans rien dire, sans se battre, pour le garder ou reprendre leur liberté. 

Les quatre chapitres, chacun dédié à la fois à la réminiscence des souvenirs amoureux et à la déchéance de la relation qu’entretenait Hemingway avec chacune, font revivre au lecteur le début du XXe siècle. Naomi Wood réussit avec brio à nous faire revivre à la fois la frivolité des années folles et les grands bouleversements historiques et tragiques.  Dans le premier chapitre dédié à Hadley, les bals et les dîners s’enchaînent, le champagne coule à flots, les femmes et les hommes brillent de tout leur éclat, tant par les bons mots que par leur parure. A contrario, dans le troisième chapitre dédié à Martha, les bombes résonnent et le tumulte de la libération de Paris bat son plein. 

Avec ce roman, Naomi Wood donne une profondeur intime au personnage public qu’est Hemingway, et nous montre aussi, que derrière cet homme, il y avait des femmes aux destins tout aussi étonnants. 

Une vraie réussite !

vendredi 14 juillet 2017

Bleu Pétrole, de Gwénola Morizur et Fanny Montgermont

Bleu Pétrole, c’est l’histoire de la marée noire provoquée par le naufrage de L’Amoco Cadiz en 1978 au large du Finistère. Mais bien plus que le récit d’un naufrage, cette bande dessinée raconte les effets d’un tel cataclysme sur la vie d’une famille. De l’engagement du père devenu maire quelque temps auparavant, au recul pris par le frère ainé, l’équilibre de la famille est bouleversée. 



La scénariste, Gwénola Morizur, en s’inspirant de la vie de sa famille, nous tend un récit d’une grande humanité. Les personnages, tous affectés différemment par cette tragédie, réagissent émotionnellement ou physiquement, exigeant toujours plus d’une justice sociale qui manque cruellement dans un monde où les mers sont dédaignées, comme les hommes qui s’ignorent entre eux. C’est ce que l’on comprend lorsque Lucas, l’aîné, refuse de laisser tomber les hommes qui meurent de faim en Afrique pour remplacer son père à la ferme familiale afin que celui-ci défende au Sénat les protections des océans mais aussi des femmes et les hommes qui y sont liés. Malgré les parcours différents que prennent les personnages, tous sont en quête de justice, et s’impliquent pour la Terre et l’Humanité. 

Et puis, il y a Bleu, cette jeune femme qui semble chercher sa place. Grâce à son objectif, elle capture les images d’une mer polluée, de la vie qui quitte les côtes bretonnes, de ses oiseaux mazoutés, des poissons noirs de pétrole. Profondément attachée à sa terre et à sa famille, elle se sent prise dans un tourbillon qu’elle n’a peut-être pas choisi.

Une très belle histoire de vies, pleine d’humanité ! 

Un grand coup de cœur BD ! 

Bleu Pétrole, de Gwénola Morizur et Fanny Mongermont, Grand Angle, 17,90€

lundi 29 mai 2017

Dans la forêt de Jean Hegland

Ce roman raconte l’histoire de deux adolescentes qui grandissent dans un monde qui se délite. Elles apprennent à survivre dans la forêt, loin de la ville, après ce qui semble avoir été un cataclysme naturel. 



Le coup de force de ce roman n’est pas de nous plonger dans un univers complètement fictionnel, bien au contraire. Nous nous identifions sans mal aux deux jeunes femmes. Pour qui s’intéresse à l’écologie, nous sommes déjà sur le chemin des privations. Cependant, ce roman ne nous offre pas un regard pessimiste sur cette décadence du monde contemporain. Au contraire, il montre une réappropriation d’une nature humaine, des instincts perdus de survie. Nell et Eva se lieront à la nature et expérimenteront ce lien, devenu cordon ombilical. 

Au-delà de la question de la survie, l’auteure illustre avec bienveillance et tendresse l’adolescence et l’amour filial. Les deux sœurs doivent compter l’une sur l’autre, dans les moments les plus durs de la survie : le rationnement, le désespoir, les blessures infligés par les autres hommes. Car le plus grand péril ne viendra pas de la décadence du monde, de l’appauvrissement des ressources. La survie ne consiste pas à se rationner, mais à affronter les hommes et leur pouvoir outrecuidant : 

« La forêt a tué notre père, et de cette forêt viendra l’homme – ou les hommes qui nous tueront. »

De la violence des hommes, naîtra un enfant. Alors, la narratrice devra porter à bout de bras une nouvelle famille, née de la nature dans sa bonté et sa bestialité. 

« Je savais qu’Eva portait une fille et je commençais même à éprouver malgré moi de l’affection pour cette petite fille qui allait tellement compliquer notre existence. Je me disais qu’elle serait un mélange de ma sœur, de ma mère et de moi-même. […] il me semblait voir des générations de femmes disparaître derrière nous et d’autres avancer à grands pas. Je me sentais en relation avec mes aïeules et avec le futur et j’éprouvais – contre toute attente – la profonde satisfaction de la perpétuation. »

La génétique fait place à la force de la généalogie féminine, le monde se perpétue par les femmes qui semblent porter sur leurs épaules et au bout de leur bras, l’amour de l’existence. 


Une reverdie humaine d’une exceptionnelle beauté ! 


Jean Hegland, Dans la forêt, Gallmeister

dimanche 26 mars 2017

Gabacho de Aura Xilonen

                Gabacho, roman publié chez Liana Levi, porte ce bandeau publicitaire : « Un clandestin à la conquête des States ». Ne vous y fiez pas, ce roman est bien plus que ça.



                Liborio, le personnage principal ne possède pas de nom : il s’appelle « le merdeux », « le pue du bec », « le morpion », ou autres surnoms fleuris que lui balance le Boss, son patron qui l’emploie au black. Nous n’apprendrons son nom que bien plus tard, au détour d’une rue, d’une bagarre, d’une rencontre. Et puis, petit à petit, le jeune homme va acquérir une véritable identité, et avec elle il retrouvera le plaisir d’entendre son nom.

                Le roman nous murmure beaucoup avec la simplicité des histoires de quartier. Liborio est un jeune clandestin mexicain, élevé par la rue, qui comme tant d’autres, espère trouver une vie meilleure en passant la frontière entre le Mexique et les Etats-Unis. Sur cette traversée, on ne saura que peu de choses. Liborio ne relève que des bribes, quelques souvenirs lâchés par la mémoire. Cette douloureuse traversée n’est néanmoins pas l’essentiel du roman.

                Liborio a hérité du héros picaresque espagnol du XVIe siècle. Ce picaro des temps modernes, orphelin, enfant des rues, a appris la vie avec ses poings. Et grâce à eux, il se hissera de son statut d’esclave clandestin jusqu’à son engagement dans un orphelinat. Cependant, cet antihéros porte en lui une candeur qui fait de ce jeune vagabond un personnage profondément bon et attachant. Gabacho est donc un roman d’apprentissage à la dure, où les poings peuvent sauver.

                Aura Xilonen dessine une galerie de personnages haute en couleurs qui tous montre cette partie de l’humanité qui se bat pour la survie de ceux qui les entourent : Aireen qui prend soin de son grand-père en cumulant les petits boulots, Naomi la jeune orpheline qui souhaite devenir avocate pour aider les plus déshérités, ou le personnel de la maison d’enfants qui recueille Liborio.

La Littérature comme apprentissage


                Enfin, je traiterai d’un dernier aspect de ce livre : celui du livre et de la littérature. En effet, le thème de la littérature traverse tout le roman. Celui-ci commence dans une librairie où travaille clandestinement notre héros. Et ce commencement romanesque, au milieu des livres, n’est pas anodin. La nouvelle existence de Liborio commence à partir de son intérêt pour les livres qui l’entourent. Il fera son apprentissage grâce à la lecture des romans hispaniques qui peuplent les étagères, qu’il lit en secret, bien qu’il en rejette la superficialité. Constamment, il fera appel à ces lectures, en comparant sa propre existence à celle des personnages. On voit en filigrane se dessiner une critique de la littérature qui se détache de l’existence :

« C’est sur cette table que débarquaient les derniers-nés des maisons d’éditions transatlantiques, chiantes à mourir à force de rendre tous les verbes impraticables avec leur « eusse », « visse », « pûtes » et autres stupides précieuseries du même genre ; un langage pour se torcher le cul avec les mots aussi neutres que « pneumatiques » au lieu de « roue », ou bien « habitation », des mots chiants, formels, sans humour, word world wlobalisés. » (p.62).

                Eh bien, Gabacho n’est pas un roman comme ceux-là. La langue est crue, impropre, elle claque et se distord, elle dit le brut, elle dit comme ça vient. Et c’est jouissif ! Plus qu’inventive, elle est créatrice, elle crée de nouveau mots, de nouvelles phrases, et avec eux de nouveaux liens, réseaux langagiers autant que de nouvelles manières de penser. Il faut abattre les murs qu’ils soient territoriaux ou langagiers. Je salue particulièrement le travail de la traductrice qui a merveilleusement su recréé cette créativité et l’oralité de la langue d’Aura Xilonen.


                Enfin, je finirai sur le personnage du libraire latino, le Boss, esclavagiste mais qui, je pense, derrière son cynisme et sa méchanceté cache un véritable intérêt pour Liborio. Et surtout, que de rire pour la libraire que je suis quand je lis certaines critiques de la consommation éditoriale :

« - Il aime plus les romans le narcos ?
- Ben, cette fois-ci il voulait pas un truc mexicain.
- Le drôle d’oiseau dantesque change de goûts comme de chaussettes. Tu vas voir dans quelques temps il va aimer Coelho. Aïe, aïe, aïe.
- Eh quoi, c’est nul, Boss ?
- Ah, mon sagouin, si tu savais ! ça m’étonnerait franchement pas que ça lui plaise à ce drôle d’oiseau, avec toute cette merde qu’il s’envoie dans les yeux.
- Mais c’est ce qui se vend le plus, Boss.
- Et alors ? On ne peut pas vivre sans chiottes parce qu’on va tous chier au moins une fois par jour, mais ce n’est pas pour autant qu’on les met sur un piédestal au milieu du salon, ni qu’on se prosterne devant, non ? » (p. 165)


(Je précise que je n’ai rien contre Paolo Coelho, mais son nom peut être remplacé par d’autres et surtout le soutien la critique du star system littéraire qui devient de plus en plus dévorant.) 

Une auteure à suivre...


Gabacho, Aura Xilonen, Liana Levi
trad. Julia Chardavoine.

lundi 20 février 2017

L'Orangeraie de Larry Tremblay

               Cette chronique est dédiée à un roman de Larry Tremblay, auteur québécois que j’ai eu l’immense plaisir de rencontrer et d’accueillir pendant le festival Atlantide à Nantes en 2015. L’Orangeraie est paru en France en février 2015. Ce roman a déjà reçu le prix des libraires du Québec, le Prix littéraire des enseignants et le Prix littéraires de collégiens, entre autres.


                Pour résumer rapidement l’intrigue, le roman s’ouvre sur un attentat, une bombe éclate dans la maison des grands parents d’Aziz et Amed, les deux personnages principaux, qui habitent de l’autre côté de l’orangeraie, en face de chez les grands parents, en compagnie de leur père et de leur mère. Suite à cet assassinat, un homme venu de la ville demande au père des jumeaux de sacrifier l’un de ses fils pour venger la mort de ses parents et l’affront qui a été fait à Dieu.

                L’intrigue tourne autour des choix que feront les protagonistes. Chaque personnage fait des choix, qui influencent toute l’intrigue jusqu’au dénouement.



                La force de ce roman réside dans la capacité de son auteur, Larry Tremblay, à ne pas porter de jugement. Le jugement de l’auteur, en effet, ne transparaît à aucun moment, et le retournement de situation final permet au lecteur de se faire surprendre par son propre manichéisme. A la fin du roman, nous n’avons aucun moyen de désigner quels personnages appartiennent aux « méchants » et lesquels appartiennent aux « gentils ».

                Larry Tremblay a également choisi de ne faire aucune recherche pour écrire son histoire. L’intrigue n’est jamais située, ce qui permet aux propos de tendre vers l’universalité. C’est une des raisons pour laquelle beaucoup d’enseignants se sont emparés de ce livre pour expliquer les ravages de la haine et de la guerre sur les hommes et sur les enfants. La simplicité des phrases invite tous types de lecteurs à se plonger dans ce roman accessible, mais non dénué de profondeur.

                Selon Larry Tremblay, la guerre se perpétue par l’apprentissage de la haine dès l’enfance. Et c’est bien ce qu’il nous montre dans cette tragédie familiale et humaine. Sans tomber dans le mélodramatique, l’auteur nous livre une histoire forte en émotions tout en incitant à une réflexion humaine sur la haine, la guerre et la transmission générationnelle de ces deux fléaux.

                A lire de toute urgence !

L’Orangeraie, Larry Tremblay, Gallimard, La Table ronde,

Journal d'une Femen de Séverine Lefebvre et Michel Dufranne

FEMEN.

Ce mot vous évoque déjà de nombreuses images : jeunes femmes manifestant topless, bombes dont les revendications sont floues, ou encore seins, juste seins, encore seins. Autant d’images prémâchées par les médias, où seuls prévalent les raccourcis en tout genre, sur un mouvement totalement méprisé, incompris et ridiculisé en France.

                Dans Journal d’une Femen, rien de tout cela. Aucun jugement ne transparait dans la bande dessinée de Michel Dufranne et Séverine Lefebvre. En ceci, c’est un véritable tour de force. Tout d’abord, le scénario permet une immersion dans le mouvement militant activiste par le biais d’un personnage, une jeune française (et oui, le mouvement français est composé aussi de françaises) qui décide de s’engager dans les Femen pour lutter contre le sexisme quotidien. Quelques belles pages sur ce thème commence l’album et on ne peut s’empêcher de sourire tant les situations sont connues et vécues quotidiennement par les femmes. L’immersion dans la vie d’Apolline permet un recul nécessaire sur le mouvement. On l’appréhende de l’intérieur par les sensations et les réactions d’Apolline. Le lecteur s'approche au cœur du mouvement tout en gardant un recul dû à l'approche empirique qui fait du scénario une histoire, plus qu'un documentaire. 



                Ce qui m’a particulièrement plu dans cet album, c’est que les FEMEN ne sont pas traités à partir des clichés. Michel Dufranne a fait un véritable travail préalable en suivant ces femmes pendant deux ans environ, ce qui lui a permis de sortir des images prémâchées. Les FEMEN ne sont pas toutes des lesbiennes, ni des garçons manqués. Elles ne sont pas non plus des mannequins slaves, avec un corps de rêve. Non ce sont des femmes, des femmes qui assument leur féminité, la revendiquent et sont, en réalité, comme tout le monde, comme toutes les femmes, débarrassées des fantasmes machistes. On apprend également que le mouvement demande un véritable engagement, un engagement autant moral (pour tout ce qu’il implique de dénigrement, d’injures et autres politesses d’un monde phallocentré) que physique (les actions qu’elles mènent demandent un entraînement physique difficile).

                Le dessin de Séverine Lefebvre embrasse parfaitement le scénario qui se veut à la fois réaliste mais sans tomber dans le combat engagé, qui ne laisserait pas de place à une vitalité vitaminé. Avec des couleurs pop, un dessin simple mais efficace, qui donne un dynamisme optimiste à l’histoire, je pense qu’il rend un bel hommage à des femmes dont le combat est difficile, car non reconnu. Et oui, même en France, il y a encore beaucoup à changer, peu importe ce qu’on en dit. 

Un album didactique et pétillant !




Journal d’une Femen, Michel Dufranne et Séverine Lefebvre, Le Lombard

samedi 18 février 2017

La Nef des sorcières, ouvrage collectif

                En ces jours, où l’on réduit la nature de la femme a du superflu (non, gérer les règles, ce n’est pas de première nécessité, voyons !), entendons les voix des femmes, dans leur intimité, dans leur différence, dans leur force vive, dans leur authenticité. Nos aînées l’ont fait, ont pris la parole, mais on tente toujours d’étouffer leur flamme, leurs voix qui se sont élevées. Il y a autant de voix que de femmes et c’est cette diversité qui jaillit des monologues de La Nef des sorcières.


                 La Nef des sorcières consiste en huit monologues. Chaque voix de femmes est tirée d’une voix d’une écrivaine québécoise. L’intimité prend la parole. Mais le voyeurisme
d’une intimité violée laisse place à un dévoilement public, une confidence. Si la parole se libère, c’est bien grâce au processus théâtral qui donne à la femme sur scène l’occasion de se confronter à la sphère publique et d’assumer son identité. La double énonciation est mise à mal à plusieurs reprises afin de sortir le spectateur de son rôle passif, pour le placer dans un rôle de témoin. On interpelle ceux qui sont confortablement assis dans leur fauteuil. Le spectateur/ice est témoin et en tant que témoin est invité à se poser des questions sur le témoignage donné. On le questionne, pour que lui-même questionne le modèle de société qui se dessine derrière le discours de ces femmes qui ne sont regardées que superficiellement. Le spectateur ne peut plus les ignorer, et jouer l’innocence. Il porte en lui leur drame.

Les murs de la morale tombent, s’affaissent. La parole se libère progressivement pour certaine, violemment pour d’autres. La diversité de la féminité s’impose aux yeux des spectateurs. Non, il n’y pas LA femme, ce stéréotype. Il y a des femmes, des féminités, des individualités. C’est cela aussi le féminisme : convaincre la société de cette diversité. Nous pourrions voir dans ces monologues, des types de femmes, construits de manière artificielle. Mais, au détour des mots, des phrases et des silences, des cris et des violences, chaque femme retrouve une partie d’elle-même. Toutes portent une sorte d’universalité dans leur parole. Elles sont les femmes d’hier et d’aujourd’hui, et espérons de moins en moins celles de demain. Car c’est leur silence qu’elles font entendre. Le silence d’une vie.


                Je ferais une mention spéciale de ce passage, aux résonances éco-féministes :

« Je t’ai fourni les enfants pour faire ton univers.
Je te fournissais la matière, toi, tu créais avec.
Avec ma chair et mon sang, tu nous as bâti un monde dans lequel on ne peut plus vivre personne ; ni toi, ni moi, ni nos enfants, ni les oiseaux, ni les poissons, ni les arbres… »

La Nef des sorcières, Collectif
première édition 1976
Typo Théâtre, 2014

vendredi 17 février 2017

La trilogie indienne de Mikael Bergstrand



                Véritables médicaments contre le stress, la déprime, le bruit assourdissant (de l’Occident), Les Plus Belles Mains de DelhiDans la Brume du Darjeeling et Le Gourou de la Baltique se suivent mais peuvent se lire indépendamment.





                Le personnage principal, Göran Borg s’approche dangereusement du pathétique sans jamais dépasser la limite du supportable : l’Inde sera salvatrice. Suédois en pleine crise de la cinquantaine, divorcée, partageant une relation compliquée avec ses enfants, et accablé par un licenciement, Göran accepte de suivre son meilleur ami dans l’un de ses voyages organisés : direction l’Inde !



                Dans Les Plus Belles Mains de Delhi, l’humour, l’ironie, l’œil aiguisé et la critique acerbe dont fait preuve Göran produisent un tableau décomplexé de l’Inde, haute en couleur. Ce regard très européanisé s’adoucit petit à petit au fil de la découverte culturelle et, passé le glacis superficiel de ce pays, l’Inde et son peuple nous apparaissent dans toute leur complexité, avec ce goût d’épice à la fois suave et rocambolesque. Ce changement de regard n’est pas étranger à la rencontre d’une belle indienne, Preeti Malhotra, femme marié à un riche exploitant du textile. Entre romance et reportage sur le travail des enfants en Inde, la course folle de Göran dans le pays le « plus beau du monde » pour reprendre les mots de Yogi, indien atypique devenu l’ami de notre suédois, emporte le lecteur dans un tourbillon haletant.
                


                Dans le second roman, Göran, retourné en Suède, ne peut se détourner de l’Inde. L’appel est toujours plus pressant. Yogi, son meilleur ami indien, rencontré durant son dernier séjour, doit se marier. Göran prend ce prétexte afin de fuir ses responsabilités suédoises. Mais le mariage indien se voit repoussé à cause de la complexité du système social indien et par des mésaventures qui entraîneront Yogi et Göran au fin fond du Darjeeling dans une plantation de thé.



                Enfin, dans le dernier roman sorti à ce jour, intitulé Le Gourou de la Baltique, c'est l'Inde qui se déporte en Suède. Yogi vient rendre visite à Göran afin de fuir les éternelles dispute de sa nouvelle épouse et de sa mère. Bien loin de s'intégrer à la culture suédoise, qu'il trouve bien étrange, Yogi injecte dans le quotidien morne des suédois toute la sagesse de l'Inde ancestrale. Un mélange culturel drôle à en pleurer ! 



                Ces romans resteront gravés dans ma mémoire pour leur bienfait, leur dépaysement et la philosophie très optimiste qui s’en dégage. Yogi est un personnage atypique, que rien, enfin presque rien, ne peut décourager, son optimisme est à toute épreuve et l’auteur a su communiquer à son lecteur cet élan. Cet optimisme est toujours tourné vers l’altérité, vers autrui et vers le monde. La foisonnante diversité de couleurs, d’odeurs, de bruits, de personnages, fait surgir des images de joie et de gaieté. Par les mots, l’auteur nous apporte sur un plateau l’Inde entière. Car malgré son optimisme, il n’oublie pas de mentionner les défauts de l’Inde, notamment le fossé qui sépare les différentes classes sociales.


                Ce que l’on peut retenir également, c’est la merveilleuse histoire d’amitié qui se développe dans ces deux romans. Car au-delà des aventures vécus par le héros, nous assistons à la création et à l’approfondissement de l’amitié entre Göran et Yogi, rencontre de deux cultures et de deux personnalités tellement différentes. En surmontant les barrières de l’étrangeté de l’étranger, nous faisons de magnifiques rencontres. 




Les Plus Belles Mains de Delhi, Dans la Brume du Darjeeling et Le Gourou de la Baltique,
Mikael Bergstrand, Editions Gaïa
Le premier tome est en poche chez Babel ! 

Sélection du message

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Bienvenue sur Le Livre-Métamorphose !  Chaque lecture nous métamorphose. Volonté de toujours aller plus loin vers l'autre, d'ex...